Les attentes des habitants de la capitale ne se réduisent pas à un parc d’innovation comme les autres

Votation Bluefactory? Un quartier de Fribourg autant qu’un parc d’innovation. Avant d’accepter la dépense de vingt-cinq millions de francs pour la recapitalisation de Bluefactory Fribourg-Freiburg SA (BFF) par 46 voix contre 6 et 21 abstentions, le 22 février dernier, le Conseil général de la ville a transmis un mois plus tôt un postulat socialiste au Conseil communal. Le texte réaffirmait «l’objectif d’intégrer et de développer le quartier d’innovation en tant que quartier à part entière de la ville». Tout en priant l’exécutif d’étudier la possibilité d’acquérir «le silo à malt de Bluefactory et le bâtiment A afin de les affecter à des activités culturelles, socioculturelles, touristiques et gastronomiques».
Cette demande de la ville, copropriétaire de BFF à 50%, n’est pas nouvelle. «Nous la faisons depuis plusieurs années. Les deniers publics injectés dans ce site font que cet endroit doit rester public», estime Elias Moussa (ps), cosignataire de l’intervention. Pour lui, la vision d’un quartier dévolu au logement, à la culture et aux animations ne s’oppose pas au parc technologique que défend le canton.
Une ville très à gauche
Une divergence qui inspire les opposants: «La ville, très à gauche, rêve d’un quartier culturel et animé, avec des logements d’utilité publique. Je ne suis pas sûr qu’on puisse mixer n’importe quelle population avec des ingénieurs censés faire de la recherche», lance David Papaux, conseiller général UDC. «Si on veut quelque chose de sérieux, il faudra que le canton reprenne le site pour en faire un vrai parc technologique, le cas échéant, avec un entrepreneur privé.» Bluefactory ne se résume pas à une seule approche, c’est d’ailleurs ce qui fait la richesse de ce projet, à entendre le vice-syndic centriste Laurent Dietrich: «Il est facile de critiquer ce lieu innovant. A ceux qui douteraient de la rentabilité de cet investissement à 50 millions pour la ville et le canton, je rappelle que le site est évalué au bas mot à 300 millions. Et 800 personnes y travailleront dans cinq ans.»
Séparer l’approche citadine de l’approche cantonale n’est plus d’actualité, estime l’élu: «J’ai l’impression que le fameux fossé ville-campagne commence à se réduire. L’Etat s’est fixé comme objectif de faire un centre cantonal fort. Notre ambition est également de faire rayonner Fribourg avec la même intensité que Berne ou Lausanne.»
La copropriété de Bluefactory, entre la ville et l’Etat, est «innovante, à l’image du site. D’ailleurs Bluefactory est là pour tester de nouveaux modèles», ajoute Laurent Dietrich. Il rappelle que, seule, la ville n’aurait pas pu gérer un tel projet: «Nous n’aurions pas pu aller chercher l’EPFL, et la promotion économique n’est pas de notre ressort. Avoir un terrain en copropriété avec l’Etat, cela signifie que nous sommes solidaires dans les décisions. Expérience faite, la collaboration est excellente et les approches complémentaires.»
Convaincre ailleurs
Reste que ce statut de quartier urbain peut constituer un handicap pour convaincre les autres Fribourgeois le 13 juin. «A Fribourg, j’ai l’impression que Bluefactory va de soi. Les voisins voient naturellement ce qui s’y passe. C’est dommage que l’on ne puisse pas téléporter momentanément cet endroit en Gruyère, en Veveyse ou en Singine pour le montrer», dit Philippe Jemmely, le directeur de BFF SA.
Le scénario que le Grand Fribourg dise oui le 13 juin, mais qu’un refus se dessine dans le reste du canton, est «plausible», craint Laurent Dietrich: «Les gens qui critiquent le site ne le connaissent souvent pas. Un jour les 110 députés du Grand Conseil ont été invités à le visiter. Deux seulement sont venus.»
Ce quartier futuriste, Oliver Collaud nous le fait visiter par anticipation en 2030: «Imaginez un lieu ouvert qu’on pourra traverser à pied ou à vélo. Ce sera un site agréable avec de la verdure, qui proposera des activités le soir et la journée», explique le conseiller général écologiste. «On y trouvera des activités culturelles, des boutiques, des lieux de restauration. Des gens y travailleront, et il y aura des logements adaptés tant aux jeunes familles qu’aux seniors. Ce quartier sera un modèle de durabilité.»
N’y a-t-il pas assez de lieux de création culturelle en ville? «Non, Fribourg souffre d’un manque d’exposition à la création artistique qui est un stimulus pour les autres formes d’innovation», estime Oliver Collaud, qui est aussi président du Belluard. «A l’heure actuelle, la culture ne se crée plus forcément dans les institutions établies, ajoute Laurent Dietrich. Le public demande qu’elle vienne à sa rencontre, dans des lieux inattendus. Un peu à l’image de la Tour vagabonde, ce lieu magique, insolite et hors du temps.»
En disant oui le 13 juin, les Fribourgeois feront-ils un cadeau à leur capitale? Oliver Collaud réfute cette idée: «Bluefactory est également important dans la perspective de la fusion du Grand Fribourg: ce quartier d’innovation est un atout qui aidera la ville à exister sur la carte du pays et avoir un rayonnement qui profitera à tout le canton.»