Tout faire pour être dans les 2% d’élus

Que font les joueurs M20 qui ne décrochent pas de contrat professionnel au terme de leur cursus junior?

Hockey sur glace C’est le dernier chapitre d’une longue aventure entamée il y a cinq ans. Comme presque tous les hockeyeurs suisses nés en 2001, Nicolas Hasler mettra un terme à son cursus junior dans trois matches, à moins d’un exploit. L’attaquant des M20 de Fribourg-Gottéron (cinq apparitions en National League) s’est fait une raison depuis un bout de temps: dès la fin de la saison, il quittera les bords de la Sarine qu’il avait rejoints en provenance de Rapperswil – où il n’y a pas de juniors élites – à l’âge de 15 ans. Pour aller où? Il ne le sait pas encore. «Je suis triste de partir, mais ainsi va la vie dans le hockey. Je suis reconnaissant du temps passé ici.»

Tout compris, le séjour de Nicolas Hasler à Fribourg aura engendré 30 000 francs de frais à la charge du club. Dans une pure logique de formation, il aurait été cohérent que le Saint-Gallois signe un contrat professionnel avec les Dragons. Seulement, ce monde idéal est réservé à une poignée de surdoués. S’ils ont récemment poussé les portes de la première équipe fribourgeoise à même pas 20 ans, Sandro Schmid, David Aebischer et Gaétan Jobin, suffisamment talentueux pour partir se former à l’étranger, restent des exceptions. Un simple coup d’œil dans le rétroviseur suffit à s’en convaincre. Lors de la dernière décennie, le mouvement junior de Saint-Léonard n’a amené de manière durable en ligue nationale (A et B confondues) qu’une petite vingtaine d’éléments. Non pas que la relève fribourgeoise soit infertile. C’est le système global qui veut ça. «Au final, seuls 2% des gamins arrivent à décrocher un contrat professionnel. Pour tous les autres, le hockey restera comme une école de vie», compatit sincèrement Gerd Zenhäusern, chef des Young Dragons.

Les jokers overage

Beaucoup de candidats et peu d’élus. Bien au fait de cette réalité, Olivier Roschi, entraîneur des M20 élites de Gottéron, sait que la période est stressante pour ceux qui s’apprêtent à quitter sa «grande famille». «Je leur répète souvent qu’ils ne jouent pas leur avenir sur les quelques rencontres qu’il nous reste à disputer.»

«Même si on se rend compte qu’on ne sera pas jugé sur la base de nos dernières performances, on se dit que c’est le moment de faire ses preuves et de marquer des points (littéralement, ndlr). C’est humain», sourit Thibault Schorderet derrière son masque, avant de le faire tomber: «Cela fait 15 ans que je travaille dur pour devenir pro. Après un grand match, je m’endors en me disant que j’ai toutes mes chances. Le lendemain, tu joues moins bien et tu te dis que tu n’y arriveras jamais. Ce sentiment d’incertitude est dur à gérer.» En compagnie de Nicolas Hasler et de Remo Curty, l’attaquant de Treyvaux (20 ans) a participé la semaine passée au try-out (essai) organisé par le HC Viège.

En quête d’un ou de deux joueurs d’avenir pour garnir ses rangs, le club de Swiss League a reçu 150 candidatures, preuve que Nicolas Hasler et Thibault Schorderet ne sont pas des cas isolés. Après un premier tri massif, 24 profils ont été retenus. «Nous avons eu un entraînement le matin et un match le soir. Deux ou trois joueurs sortaient du lot, si bien que je ne m’attends pas à recevoir un coup de téléphone. A moins que Viège recherche un profil comme le mien?», espère à haute voix l’attaquant à vocation défensive, qui devrait rester à Gottéron malgré le fait qu’il va atteindre l’âge limite pour évoluer chez les M20. «Le club m’a proposé de faire une saison de plus en étant l’un des deux joueurs overage (plus âgés, ndlr) autorisés par équipes. C’est une vraie libération, souffle Thibault Schorderet. Cela me permettra de finir mes études. Pendant ce temps, mon agent pourra frapper à d’autres portes pour me trouver des tests en Swiss League (deuxième division) ou en première ligue nationale (troisième division).»

La fin du rêve

Gian Knutti a justement bénéficié de ce régime spécial. Joueur du HC Guin avant que le Covid-19 ne décide de l’interruption définitive du championnat de première ligue, le fils de Bruno Knutti, ancien préparateur physique des Dragons, a pu s’offrir un baroud d’honneur chez les M20, dont il est l’aîné. «Heureusement que j’avais ce statut d’overage, sans quoi je n’aurais pu patiner nulle part cet hiver», souligne l’attaquant singinois, dont l’avenir s’écrira du côté des Bulls. «Je n’arrive pas à me dire que parce que c’est fini à Gottéron, je ne vais pas devenir pro. Je vais essayer de me montrer en troisième division. Or il est clair que si je ne parviens pas à grimper d’un échelon d’ici deux ou trois ans, je me concentrerai sur mes études.»

Souvent, la fin du parcours junior fait office de sélection naturelle. Contactés, plusieurs anciens M20 boutés hors du circuit n’ont pas souhaité témoigner, encore marqués par ce qu’ils considèrent comme un échec. «Notre job, c’est de motiver tout le monde à crocher tout en leur rappelant qu’ils ont déjà franchi plusieurs obstacles depuis les M15, explique Olivier Roschi. Certains trouveront un autre chemin. Cela dit, nous essayons d’être honnêtes. Il ne servirait à rien de leur vendre du rêve.»

Un rêve que 98% des juniors suisses auront caressé du bout de la crosse.

Après s’être imposés vendredi à Lugano (0-2) pour leur sixième succès consécutif dans le masterround, les M20 élites de Gottéron ont perdu hier 4-3 en prolongation à Zurich face à la relève des GCK Lions et se retrouvent en mauvaise position pour disputer la petite finale.